Dimanche 5 avril 2009 7 05 /04 /Avr /2009 11:30

Puisqu'écrire, c'est voyager, alors l'écriture est un voyage. Un voyage merveilleux. Le seul voyage où l'on peut s'écarter du chemin sans avoir peur de se perdre, un voyage à l'improviste, où l'on ne sait jamais ce qui nous attend. Un voyage éclair à travers le temps. Un voyage fait de mots couchés sur du papier, et de phrases légères, de lettres entremêlées. Un voyage qui n'en finirait pas de nous plaire, un voyage dont tout serait encore à découvrir. Inlassablement. Un intense corps à corps avec les mots. Ecrire, c'est partir à la découverte d'un monde qui n'appartient qu'à nous : l'imagination. C'est peut-être aussi, partir un peu à la découverte de soi. Sans forcement se trouver. Le seul voyage dont on est sur qu'il en vaille vraiment la peine, au final.


Ce blog présentera mes textes. Mes pensées, mes idées, quelques phrases faites de tout et de rien. Surtout de rien.

 

 

J'aimerais avoir des avis extérieurs, tous les commentaires sont les bienvenus.
Tout est constructif.
Merci.
Par Léa
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Samedi 13 juin 2009 6 13 /06 /Juin /2009 23:11

La misère d'en face


Ils sont là, solitaires, couchés sur les trottoirs

Il ont perdus le goût, délicieux de l'espoir,

Regardez-les mourir, ils ont faim, ils ont froid

A s'en manger les mains, à s'en mordre les doigts.


Regardez-les encore, marcher d'un air hagard

Dans les rues sales des villes où leurs âmes s'égarent

Noyés dans les abîmes de leur vie de déboires

Coeurs malheureux et tristes, ivres de désespoir.


Mais qu'est ce que la misère pour vous qui regardez,

De vos fenêtres immenses aux balconnets fleuris,

De vos maisons luxueuses aux hautes cheminées,

De vos riches quartiers où la misère s'oublie ?


Ils sont morts, et le vent, effacera les traces

De peine et de chagrin d'une existence fugace

il ne restera d'eux qu'un poème monotone

Et leurs âmes mourantes par un matin d'automne.

 

(Ecrit dans le cadre d'un exercice en 3ème)

Par Léa - Publié dans : Poésie
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Mardi 18 août 2009 2 18 /08 /Août /2009 12:25

 

Il y a cette longue étendue d’eau turquoise devant moi. Les bateaux dans le port et les mouettes au-dessus de ma tête. L’odeur du large et le bruit des vagues qui se brisent contre les rochers. Et ce vent qui me fouette le visage et me transperce le corps jusqu’à l’os. Je marche le long de la jetée. Je lève les yeux et je regarde les avions passer au-dessus de ma tête, à la vitesse d’un escargot de 150 ans atteint de phlébite aiguë. Je ne pleurerais pas. Pas encore. Je donne un grand coup de pied dans une cannette de Coca vide, déjà toute cabossée qui traîne par là. Elle roule sur le bois en faisait des clangs-clangs métalliques et finit sa course dans l’eau dégueulasse du port dans un « plouf » sonore. Ça résonne dans ma tête un long moment et puis je m’assois tout au bout de la jetée et je laisse pieds se balancer au-dessus de l’eau. Je regarde le ciel à nouveau. L’éclat du soleil m’éblouit et je baisse les yeux. Je perçois des bribes de conversation, des murmures angoissés en provenance du quai. Une voix nasillarde grésille dans un micro : Le bateau « L’estafette », en provenance du Kenya, va partir pour Bagdad dans quelques instants. Nous vous prions de… ». Je n’écoute pas la suite, et je me retourne. Une femme se jette dans les bras d’un vieux barbu vêtu d’un jean troué et d’un pull rayé bleu et blanc en sanglotant. Puis, se dégageant de son étreinte, il traverse en vitesse la passerelle et le bateau s’éloigne lentement dans un « POWAAA » assourdissant. La femme pleure toutes les larmes de son corps et moi, je me dis que la vie, décidément, c’est comme un roman… Tout commence toujours, ou presque, par une situation de parfait équilibre, puis tout bascule, et, soudain on se retrouve jeté au bas de la pente à une vitesse vertigineuse, puis on met un temps fou à laremonter et, quand enfin on y arrive, les choses se stabilisent à nouveau et c’est le calme plat. Du moins pendant un certain temps parce qu’après, on arrive à la situation finale où, selon le genre de bouquin, on remonte ou redescend. Ici, c’était pareil, pour moi, comme pour elle. Sauf que moi, ça faisait déjà trois jours que je marchais à quatre pattes au fond du gouffre en m’écorchant les genoux sur les ronces qui poussaient dans tous les sens alors qu’elle, elle entamait seulement sa descente et elle n’avait pas fini d’en baver. (Pauvre biquette.)
Je me suis levée et je ne savais plus où aller. J’ai pensé que grand-mère aurait sûrement aimé que j’aille lui rendre visite, là maintenant, tout de suite, si ça avait été possible. Que j’aurais frappé à sa porte et entendu des pas précipités de l’autre côté. J’aurais attendu qu’elle ouvre en souriant et elle m’aurait embrassé, en me répétant que ça lui faisait tellement plaisir que je pense à elle. Elle m’aurait fait asseoir sur un tabouret devant sa cheminé et m’aurait apporté ses gâteaux sur lesquels je me cassais les dents tellement ils étaient durs. Ses gâteaux que je trempais dans mon verre de lait quand elle avait le dos tourné. Et, assise sur mon tabouret, je l’aurais regardé s’affairer dans la cuisine pour essayer vainement de trouver une tasse propre. J’aurais admiré sa grâce et son élégance de jeune fille alors qu’elle était si vieille à présent. Son immense sourire qui lui mangeait le visage tout entier et que rien n’avait le pouvoir d’effacer.
Et sa joie de vivre, malgré ce cancer qui lui rongeait les poumons et l’emporterait un jour ou l’autre. Elle aurait allumé une cigarette en répétant pour la énième fois que c’était la dernière. Puis elle m’aurait raconté ses exploits amoureux de quand elle avait mon âge, les bulletins catastrophiques qu’elle ramenait à la maison, son chien qu’elle avait peint en rose pour le carnaval et auquel elle avait mis les horribles souliers vernis que sa mère l’avait forcé à mettre pendant le mariage d’une de ses snobs de tante. Elle m’aurait raconté ce qu’elle avait vécu pendant la guerre, comment elle-même avait caché des enfants juifs, combien de vies avaient été sauvées grâce à elle. Sa rencontre avec mon grand-père, la naissance de ma mère et le plaisir d’avoir un enfant. Elle m’aurait raconté tout ça et ses yeux pétilleraient de bonheur en évoquant ces souvenirs si lointains. Puis elle aurait regardé sa montre d’un mouvement léger du poignet, se serait arrêté d’un coup et m’aurait dit : « Ho ! Je n’avais pas vu l’heure, va vite, ta mère va s’inquiéter ! ». Elle m’aurait tendu mon manteau, m’aurait ouvert la porte et dit avec un sourire complice : « Reviens quand tu veux hein !? ». J’aurais souris en retour, elle m’aurait fait un clin d’œil et j’aurais dévalé les quatre marches du perron et courut très vite le long de la rue, me retournant sans cesse en agitant la main derrière moi. Mais non. Là, maintenant, tout desuite, ça n’était plus possible. Parce que, quoi qu’on fasse pour éviter qu’il passe trop vite, le temps est le plus fort et il finit toujours par nous rattraper.
L’enterrement est cet après-midi mais je n’irais pas. Je me contenterai de rester bien sagement à l’entrée du cimetière. Je regarderais tous ces gens habillés en noir et je me dirais c’est triste quand même et puis, ça sert à rien de s’habiller en noir pour un mort alors que tout le monde sait que les morts ne voient rien de toute façon. Je me dirais que grand-mère ne serait jamais allée à un enterrement habillée en noir, elle qui détestait être sérieuse et s’habillait toujours à la mode de sa jeunesse. Avec ses cheveux violets foncés et ses écharpes roses pétard. Ses jeans jaunes fluo et ses tee-shirts trois fois trop longs. Moi, je porterais ma jupe vert pomme et mon débardeur fushia. Et je les regarderais de loin, tous ces imbéciles en smoking avec leur cravate noire et leurs cheveux bien coiffés. Je les regarderais, et je me dirai qu’ils ont l’air tellement stupides, tous autant qu’ils sont, avec leur mouchoir en soie à la main et leur goutte au coin de l’œil. A croire qu’il suffit de pleurer pour oublier. J’attendrais longtemps que la cérémonie se termine, puis, quand tout le monde sera parti, j’irais sur la tombe et je jetterais le plus loin possible toutes ces fleurs en plastique plus affreuses les unes que les autres. Grand-mère détestait les fleurs en plastique. Je regarderais longtemps la petite photo dans un cadre noir sur la tombe, juste au-dessous des dates de naissance et de mort : 1922-2008. Je graverais ce sourire dans ma tête, parce que c’est d’
elle que je voudrais me souvenir, pas de son corps froid dans une horrible boîte rectiligne. Puis je sortirais mon marqueur noir de ma poche, et je ferais un gros trait sur le « 2008 ». Et à la place, je mettrais trois petits points. Noirs. Parce que grand-mère n’est pas morte. Parce qu’elle sera toujours vivante dans nos cœurs, quoi qu’il arrive. Alors seulement, je pleurerais longuement en souriant à travers mes larmes et je commencerais à me redresser un peu en remontant la pente. Encore un petit effort et je serais en haut.

Par Léa - Publié dans : Nouvelle
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Samedi 7 novembre 2009 6 07 /11 /Nov /2009 12:49


Monsieur M. était heureux. En fait, il n'avait jamais été aussi heureux.

Il s'était levé aux aurores ce matin-là, avec les premiers rayons du soleil. Il était sorti, avait marché pieds nus sur l'herbe givrée, pour l'entendre crisser sous ses pas, et laisser peu à peu le froid engourdir son corps. Puis il en avait eu assez, il était rentré et avait mis du bois dans la cheminée. Il s'était fait un chocolat chaud délicieusement crémeux, comme le faisait si bien sa grand-mère lorsqu'il était enfant. Il s'était assis auprès du feu, et avait bu lentement, à toutes petites gorgées, en laissant le liquide brûler l'intérieur de sa gorge, et la chaleur envahir son corps. Quand il eut fini son bol, il sortit sa vieille guitare poussiéreuse et essaya tant bien que mal de l'accorder. Il gratta sur les cordes un moment, et découvrit avec joie qu'il n'avait pas tout à fait perdu la main. Il resta là longtemps, à chercher ses notes, à trouver des accords incertains, à ré-apprivoiser la musique.

Il passa le reste de sa journée à faire toutes ces choses, tellement simples qu'il n'y avait jamais pensé. Il s'installa dans son hamac, et lu un roman de Boris Vian en tournant les pages lentement et en faisant crisser le papier entre ses doigts. Il courut dans les chemins ensoleillés, à travers les herbes folles et le vent froid de novembre. Il chanta de vieilles chansons de son enfance, écrivit des poèmes. Il regarda le ciel se teindre de rose au coucher du soleil, admira la lune se lever derrière les arbres. Il se coucha et regarda les étoiles apparaître une à une dans l'immensité du ciel. Il découvrait qu'il était trop souvent passé à côté des joies simples de la vie. Qu'il avait trop souvent cherché à donner un sens au mot « bonheur » alors qu'il n'en avait pas. Qu'il avait toujours voulu aller plus loin alors que le meilleur était devant lui. Monsieur M. ferma les yeux et sourit. Derrière la fenêtre, la lune brilla plus fort. Monsieur M. s'endormait et il était heureux. En fait, il n'avait jamais été aussi heureux.

Par Léa - Publié dans : Petit texte
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Samedi 7 novembre 2009 6 07 /11 /Nov /2009 13:21

Elle est encore punie. Assise contre le mur, dans le noir, les genoux repliés contre son corps, elle tremble. Elle ne sait même pas pourquoi elle est là. Elle a peur. Elle ne compte plus les fois où elle se retrouve seule dans ce cagibi sombre.  Elle ne compte plus les bleus sur son visage et sur son corps. Elle pleure. Et cette souffrance omniprésente qui la tient par le col, qui lui fait tellement mal et refuse obstinément de la lâcher. Et ce silence épais qui l'oppresse, la terrorise... Elle a peur.

Elle pleure et ses larmes se fondent à l'obscurité, au noir impénétrable de la pièce exigüe, roulent le long de ses joues, laissant une traînée luisante de tristesse sur son visage. Se perdent quelque part entre son cou et sa poitrine. Disparaissent. Elle serre de toutes ses forces ses genoux contre son corps, étouffe de peine et d'angoisse. Elle essaie de ne penser à rien. Ça n'est pas compliqué. Elle est vide, de toute façon. Vide de joie, d'amour, de bonheur, de vie.

Anéantie. Par la violence, les coups, la douleur, le mépris, les hommes.

La haine.

Elle pleure.

Par Léa - Publié dans : Petit texte
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